Crimes et Réparations
L’Occident face à son passé colonial
À l'heure où la question de la réparation, de la repentance, voire de “l’autoflagellation”, occupe le devant de la scène chez les universitaires comme dans les médias, ce livre donne des réponses en adoptant le point de vue de l'histoire comparative de longue durée.

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Date de publication : 01-03-2008
ISBN 978-2-87495-003-2 - 208 pages - 19.90 €
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Bouta Etemad répond à deux questions :
- Pourquoi avoir entrepris d'écrire un tel ouvrage ?
- Les demandes de réparation sont-elles le meilleur moyen de réparer les injustices du passé colonial ?
Argumentaire
Ce livre est né de plusieurs interrogations. Pourquoi y a-t-il, depuis quelques années, un emballement chez les universitaires, les médias et le grand public pour la question des réparations de « crimes » coloniaux ? Pourquoi choisit-on de préférence la traite négrière, l’esclavage ou l’extermination de populations indigènes dans le cadre de la colonisation à d’autres « crimes », lorsque l’on fait valoir que l’écoulement du temps n’efface pas les responsabilités de ceux qui, dans un passé souvent lointain, ont commis de tels actes ? Comment en est-on venu à penser qu’une politique de réparation serait susceptible, mieux que l’aide au développement, de contribuer à réduire les inégalités Nord-Sud ? Pourquoi ce déplacement d’accent de l’économie vers le politique et l’éthique ?
L’originalité de cet ouvrage est de donner des réponses à ces questions en adoptant la perspective de l’histoire comparative de longue durée. Son auteur remonte jusqu’au XVIe siècle pour retrouver, dans le vaste monde colonial, les racines des notions de crime et de réparation. Il évalue l’importance des préjudices subis tant par les peuples autochtones d’Amérique et du Pacifique (dépeuplement et spoliation foncière) que par les Africains et les Noirs de la diaspora (traite négrière et esclavage). Il établit la portée et les limites des demandes actuelles de réparation, censées redresser les injustices héritées du passé colonial et formulées par les Indiens d’Amérique, les Aborigènes d’Australie, les Maoris de Nouvelle-Zélande, les Noirs d’Afrique et de la diaspora.
Découvrez notre entretien-vidéo avec Bouda Etemad :
Dans la même collection “L'Autre et l'Ailleurs” :
Lumières et Esclavage. L’Esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle, de Jean Ehrard
Consultation en ligne
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Extraits de presse
Radios et Télévisions
Presse écrite et internet
Pourquoi y a-t-il, depuis quelques années, un emballement chez les universitaires, les médias et le grand public pour la question des réparations de “crimes” coloniaux ?
(Ronald Hellin, Histoire et enseignement, septembre 2009)
Les éditions Média-Plus de Constantine [coéditeur de André Versaille éditeur en Algérie] ont publié récemment deux ouvrages d'histoire passionnants. Le premier, signé par le chercheur Bouda Etemad, est intitulé Crimes et Réparations, l'Occident face à son passé colonial. […]
Professeur aux universités de Genève et de Lausanne où il enseigne l'histoire des relations Nord-Sud, Bouda Etemad, dans Crimes et Réparations, l'Occident face à son passé colonial, pose la problématique de la repentance et des dédommagements que réclament les victimes des crimes de l'histoire aux descendants des coupables. […]
Bouda Etemad remonte jusqu'au XVIe siècle pour retrouver, dans les anciennes colonies, les racines des notions de crime et de réparation.
(La Tribune (Algérie), 22 avril 2009)
L'Autre et l'Ailleurs : une collection [ambitieuse] et alléchante dont le but est de mettre en rapport les regards et les temps des civilisations du monde entier ; noble ambition, noble petite pierre mondialiste, si l'on peut dire.
(Extrait du livre publié dans un article du Monde diplomatique (décembre 2008) intitulé “Qu'y a-t-il de commun entre Tamerlan, Oradour et la Prince Noir ?” :)
Aujourd'hui, plus des deux tiers de la population mondiale a un passé colonial, qui remonte au plus tôt au XVIe siècle, soit en tant qu'ex-colonisateurs, soit comme ex-colonisés. [...] Au total, la fondation des colonies de peuplement en Amérique et dans le Pacifique, l'organisation de la traite des Noirs fournissant la main d'œuvre nécessaire à la mise en valeur du Nouveau Monde et l'assujettissement des colonies d'exploitation d'Asie et d'Afrique entraînent la disparition de 80 à 90 millions d'indigènes. [...] Décimés, spoliés, réduits en esclavage, déshumanisés, les victimes de la colonisation et [...] leurs “héritiers” ont [...] payé le prix fort de la mise en place d'un système massif et brutal, qui passe aujourd'hui pour être à l'origine de l'inégalité de notre monde, déchiré par les écarts Nord-Sud. Ce sont pour ces injustices du passé que réparation est demandée, afin que soit accordée cette égalité des chances qui leur a été déniée.
Toujours dans la catégorie livres d'histoire, Bouda Etemad, professeur aux universités de Genève et de Lausanne nous propose un essai sur la problématique de la colonisation sous le titre évocateur de Crimes et réparations – l'Occident face à son passé colonial.
(La Tribune (Algérie), 13 novembre 2008)
Bouda Etemad propose une étude sur l'évolution des notions de crime et de réparation dans les différents empires coloniaux depuis le XVIème siècle. L'historien analyse les préjudices subits par les peuples autochtones en Amérique, en Afrique et dans le Pacifique, ainsi que par les Africains et Noirs de la diaspora. Il s'interroge ensuite sur les demandes actuelles de réparation des crimes commis dans le cadre de la colonisation […] et tente d'établir leur portée et leurs limites (par exemple, comment calculer la somme permettant à un descendant d'esclaves africains de vivre l'existence qu'il aurait eu droit si l'histoire avait pris un autre cours ?).
(Annick M'Kele, Témoigner entre Histoire et Mémoire, juillet-septembre 2008)
Tout l'article
Un travail qui intéressera tous les éducateurs.
(Nicolas Benies, US Magazine, 21 mai 2008)
Interview
- Pourquoi avez-vous entrepris d’écrire un tel ouvrage ?
- Bouda Etemad : Principalement pour deux raisons. J’ai voulu d’abord comprendre pourquoi il y a, depuis quelques années, un tel engouement chez les universitaires, les media et le grand public pour la question des réparations de « crimes » coloniaux ; pourquoi on choisit de préférence à d’autres « crimes » la traite négrière, l’esclavage ou l’extermination des peuples autochtones, lorsque l’on fait valoir que l’écoulement du temps n’efface pas les responsabilités de ceux qui, dans un passé souvent lointain, ont commis de tels actes. J’ai voulu ensuite combler une lacune. J’ai été surpris, en examinant la littérature spécialisée, de voir la question des réparations de « crimes » de l’histoire être traitée par des politologues, des sociologues, des juristes et des philosophes, plus que par des historiens.
- Que pourraient apporter d’autre et de plus les historiens ?
- Une contextualisation qui fait défaut à la plupart des études existant sur le sujet. L’histoire permet d’établir par exemple que le mouvement en faveur de réparations pour des « crimes » de l’histoire s’est constitué et renforcé, parce que, au niveau international, les programmes d’aide au développement aux nations démunies et, au niveau national, les politiques d’intégration en faveur des minorités ethniques ne donnent pas les résultats escomptés. Entre le Nord, abritant les ex-puissances colonisatrices, et le Sud, largement issu de la décolonisation, les écarts de développement et les disparités de revenu se creusent depuis la fin de la seconde guerre mondiale au lieu de se résorber comme espéré. Dans les ex-colonies de peuplement (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), Afro-Américains, Amérindiens, Aborigènes et Maoris sont de manière persistante les plus pauvres, les plus mal éduqués, les moins bien soignés. De surcroît, pays du Sud et groupes ethniques défavorisés se voient continûment refuser, les uns dans le concert des nations et les autres dans leur communauté nationale, la place, la reconnaissance et le respect qu’ils estiment leur être dus. Là où les programmes de développement et d’intégration peinent à porter leurs fruits, la politique de réparation apparaît ainsi comme une solution de rechange, voire une arme à brandir.
- Quels sont les principaux résultats de votre étude ?
- Elle révèle que pour comprendre la situation actuelle il faut retracer l’évolution sur quatre siècles des notions de crime et de réparation. La remontée dans le temps fait apparaître par exemple que demander réparation aux ex-métropoles pour les siècles de domination, de destruction et d’exploitation n’est pas, dans l’ex-monde colonisé, la règle mais l’exception. Ainsi, aucune des ex-colonies d’Asie, qui au XIXe et durant la première moitié du XXe siècle concentrent plus de 80% des populations sous le joug colonial européen, ne formule aujourd’hui de demande d’indemnisation pour d’éventuelles injustices historiques. C’est un point à ne pas oublier à l’heure où l’on entend parler de "concurrence victimaire". Actuellement, les demandes de réparations de "crimes coloniaux" proviennent essentiellement de certaines régions d’Amérique et d’Afrique subsaharienne, touchées par la traite négrière et l’esclavage, et d’ex-colonies de peuplement d’Amérique du Nord et du Pacifique, où les Européens déciment et dépossèdent de leurs terres des populations autochtones. Il serait faux de croire qu’elles font l’unanimité. On trouve par exemple aujourd’hui chez les communautés africaines du continent noir et de la diaspora les mêmes dissensions et les mêmes doutes que dans la communauté juive d’après la seconde guerre mondiale quant au bien-fondé de la démarche qui consiste à demander des réparations financières pour redresser un tort subi dans le passé.
Le livre rappelle également que l’indispensable recouvrement du passé ne va jamais sans risques. Ceux qui exigent, à juste titre, que soit entrepris le travail de mémoire pourraient être tentés de le demander non pas au nom des principes d’égalité, de vérité et de justice, mais pour obtenir, en exploitant un passé de souffrances, des privilèges dont leur groupe d’appartenance supposé devrait seul bénéficier. Toute la difficulté, pour les descendants des esclaves, consiste à conserver la mémoire d’une expérience historique tragique sans que cette nécessité de se souvenir ne les détourne des tâches de construction d’un ordre plus équitable. Est-il dès lors nécessaire, pour fonder des politiques tendant vers une égalisation des chances, d’invoquer un problématique droit à la réparation de crimes passés ? Là où subsistent aujourd’hui des rapports de domination, des inégalités sociales et des discriminations raciales, prenant leurs sources dans le système colonial et esclavagiste, l’exigence du principe de justice ne suffirait-elle pas ?
Extrait
Ce livre est né de plusieurs interrogations. Pourquoi y a-t-il, depuis quelques années, un engouement chez les universitaires, les médias et le grand public pour la question des réparations de “crimes“ coloniaux ? Pourquoi choisit-on de préférence la traite négrière, l’esclavage, l’extermination de populations indigènes dans le cadre de conquêtes coloniales ou l’apartheid à d’autres “crimes”, lorsque l’on fait valoir que l’écoulement du temps n’efface pas les responsabilités de ceux qui, dans un passé souvent lointain, ont commis de tels actes ? Comment en est-on venu à penser qu’une politique de réparation serait susceptible, mieux que l’aide au développement et la coopération internationale, de contribuer à réduire les inégalités Nord-Sud ? Pourquoi ce déplacement de l’accent de l’économie vers le politique et l’éthique ?
(Extrait de l'introduction de Bouda Etemad)
Bonus
La plupart des documents réunis dans cette section « Bonus » sont peu connus du grand public.
Ils ont été choisis pour montrer à quel point les débats actuels sur le colonialisme et l'esclavagisme ont une profondeur de champ historique. Remonter dans le passé pour découvrir comment des controverses, supposées très récentes, ont surgi, parfois dès le XVIIIe siècle, ne peut être que profitable pour qui voudrait approfondir et éclaircir son opinion sur des questions réputées complexes et délicates.
Deux autres raisons ont guidé le choix de ces textes : d'une part, donner l'envie de lire Crimes et Réparations et, d'autre part, poursuivre la réflexion qui serait née de cette lecture, sur les grands thèmes abordés dans l'ouvrage.
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