Presse écrite et Internet
Il n'est pas toujours facile de parler [de Céline] simplement. Dans L'argot est né de la haine !, opuscule rassemblant avec intelligence quelques-uns de ses propos sur le langage, sinon sur le style, Raphaël Sorin s'y colle. Comme à son habitude, il se montre érudit, drôle et plein de souvenirs. Certains valent le détour, tel, sur l'antisémitisme, son déjeuner avec Arletty, la gueulue. D'où mon conseil d'avant le farniente : faites un tour dans une librairie et partez “chargés”.
Le livre a été présenté dans le numéro 2 (avril-mai-juin 2010) du Bibliothécaire. Tout l'article
“Je ne sais pas jouir de la vie”,“Cette ventouse... c'est un cestode”… Les extraits d'entretiens, de discours, d'enregistrements de Céline regroupés par l'éditeur Raphaël Sorin parlent d'eux-mêmes. À la croisée de l'amour et de la haine des mots, de la littérature et des hommes, Céline vocifère contre un langage figé. “J'ai une réputation établie d'ordure, il faut qu'elle me serve. Si elle peut me donner de quoi acheter des nouilles et des pommes de terre.”
(Noémie Sudre, hors-Série Marianne et Magazine littéraire, Les Meilleures lectures de l’été, juillet-août 2010)
Céline savait aussi causer. La preuve avec ces entretiens où l'on entend, prévient Raphaël Sorin dans sa présentation, “un concert de graves et d'aigus, des reniflements, des sarcasmes, des finesses, des jurons”. Toutes les marottes céliniennes y sont : “la petite musique” contre le “style du bachot”, le mépris pour les idées (“rien n'est plus vulgaire”), la mauvaise foi doloriste (“j'ai fait la folie de m'élever contre la guerre”). Un discours génial et parfaitement rodé : “J'ai une réputation solidement établie d'ordure, il faut qu'elle me serve.”
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Un extrait de L'argot est né de la haine a été repris sur le blog Journal d'un libraire, le 27 avril 2010. Tout l'extrait.
Ce petit opuscule compile huit entretiens ou discours de Céline […]. Le solitaire réprouvé distille à la fois son ressentiment et ses frustrations, mais aussi la redoutable efficacité de sa parole rocailleuse. On trouvera des entretiens radiophoniques jamais diffusés, des prises de position audacieuses, sur Zola, sur Rabelais, sur la langue française en général.
[…] Un texte rare et passionnant, et parmi les mieux écrits, se trouve dans ce livre : À l’agité du bocal de 1948. Réponse enhardie à Jean-Paul Sartre, nommé Jean-Baptiste Sartre ou J.-B. S. Scatologie, fiel, humeur bilieuse, haine contenue par les rênes de l’humour destructeur du prisonnier, ce texte ravit par les images audacieuses qu’il contient et surtout par le portrait des vainqueurs dressé par un collaborateur déçu et enfermé. La poésie et le lyrisme de la défaite, jetés à la face du lecteur comme un torchon sale : voilà une impression qui confirme le titre du livre, emprunté à un tout petit texte écrit en 1957 et qui ferme l’ouvrage.
Un livre court, mais sur lequel on reviendra pour mieux s’imprégner de cette “petite musique” si particulière qui oscille entre la berceuse nerveuse et le hurlement haineux qui porta ombrage sur la vie de Céline.
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Les éditions André Versaille viennent de publier L'argot est né de la haine, un recueil de textes courts, violents et passionnés de Louis-Ferdinand Céline, dont le célèbre et génial “A l'agité du bocal” adressé à Sartre (la “ventouse baveuse” ). L'ensemble est présenté par Raphaël Sorin. […]
Que ce soit dans des entretiens pris au vol, dans des textes écrits ou dans certaines correspondances, tout est occasion, aux yeux de Céline, pour crier sa haine contre les “hommes à idées” et pour défendre, avec plus de virulence encore, le style – rien que le style. […] Le style aussi, pour hurler sa rage contre Sartre ; le style encore, pour rendre hommage à Zola ; le style, enfin, pour un aveu sur Rabelais…
(Blog Métapo infos, 23 avril 2010)
Céline c’est Philoctète. On a besoin de ses flèches comme les Grecs eurent besoin de celles du héros pour conquérir Troie. […] Céline utilise deux types de flèches. Il y a les flèches pourries, ignobles, suicidaires, les flèches de mort trempées dans la haine, la paranoïa, l’esprit de vengeance et la lâcheté. Celles des pamphlets antisémites écrits entre 1937 et 1941. Et il y a les flèches de vie, trempées dans le courage et la vision hallucinée de la vérité. Ces dernières sont empoisonnées, mais d’un poison qui revigore et libère au lieu de massacrer ou faire mourir à petit feu. Elles sont disséminées dans les enregistrements et les entretiens accordés des années 50 jusqu’à sa mort, aujourd’hui heureusement réunis sous le titre L’argot est né de la haine ! par l’éditeur André Versaille.
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L’éditeur bruxellois André Versaille a rassemblé, dans un nouveau bijou de sa collection “À s’offrir en partage”, divers documents et textes courts de Louis-Ferdinand Céline à l’aide desquels le plus grand romancier du XXe siècle (avec Marcel Proust) balance quelques pétards sous les fauteuils du conformisme intellectuel d’hier et d’aujourd’hui. Intitulé L’argot est né de la haine ! en raison du texte éponyme qu’il recèle, ce petit recueil hilarant et grinçant contient [notamment] un étonnant discours d’hommage à Émile Zola […] et, surtout, surtout, À l’agité du bocal (1948) dans lequel Céline flingue Sartre – qu’il s’ingénie, par dérision, à prénommer Jean-Baptiste – tout en rappelant certaines turpitudes d’icelui sous l’Occupation.
Six nouveaux titres sont proposés au prix unitaire de cinq euros dans la nouvelle collection “À s'offrir en partage”. Le volume consacré à Céline par Raphaël Sorin est de loin le plus délectable ; on y retrouve une dizaine de textes parus séparément, dont une interview accordée au Figaro en 1934 (“Je trouve qu'il faut multiplier les jurys et les prix littéraires à l'infini – comme les bistrots – puisqu'ils travaillent en même temps pour l'esprit”), son hommage à Zola, ainsi que le pamphlet scatologique contre la “bourrique à lunettes”, en l'occurrence Sartre, “À l'agité du bocal”, écrit en 1948 et longtemps introuvable.
Rencontres et dédicaces
Le “grain de la voix”, une découverte de Roland Barthes, ça existe. Il suffit de lire Léautaud ou Cendrars, pour entendre comment ils ont transformé les mots en belle farine. À la lecture, on reconnaît ainsi leur timbre, des inflexions, une façon personnelle de tordre les phrases, inimitables. Alors, avec Céline, c'est le pompon ! Lisez seulement ces quelques produits d'entretiens, ces harangues, prononcés entre 1933 et 1961. Vous écoutez un concert de graves et d'aigus, de reniflements, des sarcasmes, des finesses, des jurons, de l'argot aussi, le tout distillé au fil des rencontres. Il se répète, il enfonce le clou, il le martèle, il jouit de son propre bagout, il en met plein les oreilles de ceux qui, tandis que le magnétophone tourne (une grosse machine sans doute, encore primitive), ne mouftent guère.
Ce talent de démoralisateur, l'effrayante réponse aux dénonciations de Sartre, À l'agité du bocal, en est l'exemple le plus illustre. Il retrouve sa musique pour crânes et fémurs de pamphlets. Elle est atrocement comique, façon ventriloque.
(Extrait de la préface de Raphaël Sorin)